Bradley Charles Birkenfeld , l’américain qui a fait trembler la banque suisse UBS

Bradley Charles Birkenfeld

L’image de Bradley Charles Birkenfeld est désormais intimement liée à celle de la banque suisse UBS dont il était un salarié. Ce citoyen américain est ce lanceur d’alerte qui a permis au gouvernement de son pays d’engager une instruction pour fraude à large échelle contre cette institution financière et d’autres nids d’évasion fiscale. Considéré par les uns comme un lanceur d’alerte et par les autres comme un opportuniste, l’homme avait, en 2009, fourni des informations aux autorités américaines qui avaient contraint UBS à s’acquitter d’une amende de 780 millions de dollars.

Cela avait permis également d’identifier des fraudeurs fiscaux américains. Mis en prison aux Etats-Unis dans le cadre de cette affaire pour complicité fiscale, il reçoit, en 2012, à sa sortie, 104 millions de dollars du Bureau des lanceurs d’alerte pour les informations utiles qu’il a livrées. A ceux qui le taxent d’opportuniste, il rétorque ceci sur Franceinfo : « Pas du tout, j’ai étudié le système de lanceur d’alerte un an et demi avant que cette loi ne soit votée. Les gens m’ont accusé de faire ça pour de l’argent, c’est incorrect. Je l’ai fait parce que c’était la bonne chose pour aider les autres et pour que UBS soit tenu pour responsable. Et maintenant, nous voyons que le monde rend UBS responsable, y compris le système français ». Son incarcération avait suscité l’émoi surtout chez les lanceurs d’alerte qui y voyaient un effet dissuasif et une tentative d’intimidation.

Bradley Charles Birkenfeld

Le quinquagénaire est vu comme une aubaine en Suisse pour son action décisive dans la prise en charge de la problématique de l’évasion fiscale très longtemps ignorée par le législateur helvète. La modification de sa loi fédérale sur les opérations bancaires en 2009 au lendemain du scandale UBS en est une illustration achevée. La signature officielle helvétique de la Convention sur l’assistance administrative mutuelle en matière fiscale, le 15 octobre 2013, est un autre exemple de l’impact qu’ont eu ses révélations.

Le natif de Brookline, fils d’un neurochirurgien,Bradley Charles Birkenfeld a entamé sa collaboration avec UBS à Genève en 2001 en tant que banquier privé spécialisé dans la gestion de fortune. Cela le mit en relations avec beaucoup d’hommes riches aux Etats-Unis bien que UBS ne soit pas autorisé à formuler des conseils d’investissement au pays de l’Oncle Sam. En usant de subterfuges, comme des expositions d’art et des courses à la voile aux Etats-Unis, UBS est parvenu à attirer des personnes fortunées. Birkenfeld est arrivé à convaincre une vieille connaissance à Barclays, Igor Olenicoff, de venir à UBS. Ceci le perdra. Birkenfeld et Olenicoff se retrouvent, en 2001, à Genève pour aider le riche homme d’affaires à faire un transfert de 200 millions de dollars à UBS qui seront accessibles à ce dernier par des cartes de crédit délivrées par le futur lanceur d’alerte. La suite est moins lisse. Olenicoff sera contraint de verser une amende de 52 millions de dollars après que le pot aux roses est découvert. C’est ce manège qui a valu à Birkenfeld des poursuites judiciaires.

De ses aveux, Birkenfeld se rend compte, en 2005, que les transactions d’UBS avec les clients américains violaient un accord entre la banque et les services fiscaux américains. Il claque la porte en octobre 2005 après s’être imprégné d’un document interne rédigé par le service juridique d’UBS limitant les opérations bancaires transfrontalières interdites aux États-Unis. Les interdictions étaient contraires à la description des fonctions des gestionnaires de patrimoine chargés des clients américains aux États-Unis. Birkenfeld croit que le mémorandum a été préparé pour servir de couverture légale à UBS, en cas de découverte d’activités illégales, approuvées par la banque. Ainsi, la banque aurait pu blâmer ses employés.
Après moult tentatives et péripéties, il est arrêté à Boston le 7 mai 2008 à sa descente d’avion en provenance de Suisse. Il plaidera coupable pour le chef d’accusation de conspiration visant à frauder les Etats-Unis. N’eussent été ses révélations, l’UBS n’aurait peut-être jamais été éclaboussé. Il écope de 40 mois de prison et 30 000 dollars d’amende. De nombreuses organisations ont trouvé ces sanctions sévères.

En 2015, il a été cité par un juge d’instruction français conduisant l’enquête sur l’incitation à l’évasion fiscale et fraude fiscale de citoyens français par UBS. Il s’y présentera, du 27 février au 1er mars 2015, après autorisation de la justice américaine. La page n’est pas fermée puisque la banque sera jugée, ce lundi, à Paris, pour des faits similaires. Son bourreau, Birkenfeld, promet d’assister au procès. Par ailleurs, dans quelques jours paraîtra, aux éditions Max Milo, Le banquier de Lucifer. Il y partagera son histoire.