Nous sommes très nombreux à taire notre hostilité au régime de PASTEF, à suspendre notre méfiance instinctive, non par une quelconque adhésion aveugle, mais parce qu’une figure, une seule, s’y trouve et y incarne une forme de continuité républicaine au sein de la rupture. Cette figure, c’est Aminata Touré. Sa présence, sa stature, son engagement nous retiennent à la frontière de l’opposition, non par complaisance, mais parce qu’elle donne à ce nouveau régime une épaisseur que nous ne saurions ignorer.
Il est des femmes que l’Histoire, avec sa froide indifférence, tente d’effacer. Et puis il est celles qui, au contraire, l’écrivent avec leur chair, leur intelligence et leur insoumission. Jetée à la périphérie du pouvoir par la duplicité de Macky SALL, elle aurait pu se taire, plier, se fondre dans le silence. Mais elle a choisi l’affrontement. Non pas dans la colère, non pas dans la plainte, mais dans cet art de la résistance, qui transforme dans notre pays l’exil en ascension, l’injustice en levier de puissance politique.
Car, rappelons-le, ce que Macky SALL n’avait pas prévu, c’est qu’en la trahissant, il ne l’enterrait pas : il la propulsait. Et qu’en l’évinçant de l’assemblée nationale, il n’a fait que révéler, aux yeux de cette frange du peuple sénégalais qui se méfiait encore de PASTEF, et d’un monde qui commençaient à douter de lui, la brutalité et le cynisme d’un régime qui, à force de coups bas, ne croyait plus qu’en la conservation inconditionnelle et aveugle du pouvoir.
Dans cette affaire l’opposant à Macky SALL, il y a eu une erreur magistrale, que reproduisent aujourd’hui Thierno Alassane SALL et ses amis. La tentative de la réduire, de la soumettre, de la salir. Mais Aminata Touré ne se contente pas d’être la cible des attaques. Elle en fait une épreuve à surmonter, un levier pour asseoir davantage son rôle dans le paysage politique et diplomatique du Sénégal.
C’est cette liberté, cette capacité à refuser d’être assignée, réduite au silence par ses adversaires, qui fait d’elle une figure historique en devenir.
Lorsque Macky SALL refuse à Aminata Touré le perchoir qu’il lui avait promis, lorsqu’il organise son éviction parlementaire par une procédure d’une opacité kafkaïenne, il ne fait pas qu’écarter une adversaire gênante : il offre au pays, et au monde, l’image d’un pouvoir qui trahit ceux-là mêmes qui l’ont porté. Il sape sa propre légitimité, il déchire le contrat, devenu fragile, qui le lie à beaucoup de ses soutiens et aux sénégalais. Sartre le disait : « L’enfer, c’est les autres. » Et Macky SALL, dans sa chute, s’est retrouvé encerclé par ceux qu’il avait méprisés. Aminata Touré, en première ligne.
Mais il y a plus. Il y a cette mutation presque alchimique qui fait que certains, au lieu de sombrer, transforment leur mise au ban en point d’appui. L’opposition sénégalaise, en 2024, était puissante par elle-même. Elle se nourrissait de colères sociales profondes, de frustrations accumulées, d’un besoin de rupture. Mais il lui manquait quelque chose : la preuve qu’un autre pouvoir était possible. La démonstration, tangible, qu’un autre rapport à l’État pouvait exister.
Aminata Touré, en la rejoignant, a apporté à cette force naissante un supplément de crédibilité, une cohérence, une maturité institutionnelle qui lui manquait encore.
Diplomate, engagée et fidèle aux côtés du président de la république Bassirou Diomaye FAYE.
Aujourd’hui, Aminata Touré n’est plus dans l’opposition. Elle est au cœur du pouvoir. Mais un cœur qui palpite sur un fil, entre soutien et défiance, entre admiration et attaques incessantes. Car ce qu’elle est devenue dérange. Ceux qui pensaient la voir disparaître découvrent qu’elle est, au contraire, plus centrale que jamais.
Haute Représentante de l’État, elle est devenue la voix du Sénégal dans un monde où chaque régime émergent est scruté, jugé, soumis aux tests impitoyables de la reconnaissance internationale. Et c’est précisément là qu’elle excelle : dans cette capacité à convaincre, à rassurer, à projeter un État en mutation comme un partenaire crédible, et non une révolution éphémère vouée au rejet des partenaires internationaux de notre pays.
D’où les attaques. D’où toutes ces accusations absurdes de détournement, lancées pour l’user, pour essayer de fissurer l’armure qu’elle s’est constituée à force d’engagements politiques. Car dans la grande mécanique du pouvoir, on ne cherche à abattre que ceux qui comptent. Et Aminata Touré, aujourd’hui, est une cible parce qu’elle est une clé de voûte de ce nouveau régime. Parce qu’aux côtés du président de la république, Bassirou Diomaye FAYE, et du premier ministre, Ousmane SONKO, elle déjoue les prédictions des membres de l’ancien régime sur l’affaissement de l’image et de la crédibilité du pays à l’international sous le nouveau régime.
Il y a, dans son parcours, quelque chose qui touche à l’essence même de la politique, et qu’il convient de rappeler ici. Une leçon presque sartrienne : nous ne sommes pas ce qu’on nous fait, nous sommes ce que nous faisons de ce qu’on nous fait. Aminata Touré, par sa culture militante de résistance, par son sens de la stratégie, par sa manière de ne jamais céder ni au ressentiment ni à la soumission, incarne cette vérité avec une éclatante limpidité.
Macky SALL a voulu l’exclure. Il l’a rendue essentielle. Ses nouveaux adversaires d’aujourd’hui, l’actuelle opposition, en particulier Thierno Alassane SALL et ses lieutenants, veulent la noircir. Ils ne font que souligner son rôle central. Il y a des injustices qui détruisent. Et il y en a d’autres qui, bien au contraire, sculptent les figures de l’Histoire. Aminata Touré appartient à cette seconde catégorie. Et c’est précisément cela qui en fait la cible principale de l’opposition.
Mo TAM
